Zanzibar
Jamais nom n'a été aussi
évocateur de récits fantastiques.
Au large de la Tanzanie, l'île résonne encore
de contes orientaux peuplés de princesses voilées,
pavés d'or, d'ivoire et d'épices capiteuses.
Jadis favorite des sultans, carrefour des grands explorateurs,
Zanzibar vit toujours prisonnière de nos rêves
d'exotisme.
1874. Un certain Stanley aborde l'île de Zanzibar.
"A la première vue de ce rivage, il n'est pas
d'étranger qui n'éprouve de plaisir et ne l'exprime,
écrit-il. La ville est la Bagdad, l'Ispahan et la Stamboul
de l'Afrique de l'est". A l'époque, d'intrépides
caravanes arabes s'enfoncent au coeur d'une Afrique encore
"Terra Incognita" à la recherche d'ivoire,
d'or et d'esclaves. Toutes convergent vers Zanzibar où
ces richesses sont ensuite acheminées à bord
de boutres ventrus dans les capitales du Moyen-Orient. "Quand
on joue de la flûte à Zanzibar, l'Afrique danse
jusqu'aux grands lacs" disait alors un proverbe arabe.
Aujourd'hui, la situation a quelque peu changé. Les
sultans sont partis, chassés par une révolution
sanglante qui, en 1964, forma avec le Tanganyika voisin et
l'archipel de Zanzibar composé des îles d'Unguja
et de Pemba, l'état indépendant de Tanzanie.
Sur Unguja, mieux connue sous le nom de Zanzibar, il subsiste
peu de choses des fastes d'antan. Les ruines des palais de
Maruhudi et de Kibweni, les bains de Kidichi aux superbes
décorations en stuc, la belle mosquée shirazienne
de Kizimkazi et les immenses plantations de coprah et de girofliers
témoignent d'une île jadis prospère. Heureusement,
depuis quelques années, la vieille ville de Zanzibar,
"Stone Town", reprend des couleurs. Inscrite au
Patrimoine de l'Humanité, elle fait l'objet d'intenses
restaurations. Le "Beit-el-Ajaib" ou Palais des
Merveilles, tout comme le fort portugais, le front de mer
et le magnifique dispensaire Ithnasheri, retrouvent tout leur
charme.
Il suffit de déambuler au gré des ruelles étroites
et tortueuses de "Stone Town" pour que l'esprit
s'emballe. On s'y surprend vite à marcher sans bruit
dans l'espoir de surprendre une silhouette gracieuse drapée
dans ses "khangas", voiles chamarrés. La
main démange de vouloir pousser ces lourdes portes
sculptées et ornées de clous en cuivre, symbole
de la richesse et de la puissance du propriétaire.
L'oeil s'égare au fond des cours secrètes, parcourt
les façades d'antiques palais bâtis en blocs
de corail. Du fond des échoppes s'échappent
moult odeurs puissantes et enivrantes. Peu de bruits hormis
les récitations des écoliers, peu de gens hormis
les vieux assis sur les bancs de palabres des mosquées.
L'agitation est plus loin, vers les jardins de Jamituri. C'est
ici, entre le fort portugais et la Palais de Merveilles que
viennent jouer les enfants. Après l'école coranique,
ils se jettent à l'eau du haut des quais en grappes
bruyantes et joyeuses. Sur les étals des marchands
ambulants, ignames grillés et brochettes de poulet
sont au menu. A la nuit tombée, la magie est encore
plus forte. D'antiques lampes à pétrole éclairent
tout juste le visage des vendeurs et des clients, transforment
le lieu en un théâtre d'ombres. Tôt le
matin, ce sont les ruelles au sud de la ville qui bruissent
d'une folle activité. Sur le marché, fruits,
épices, légumes et poissons remplacent désormais
les esclaves.
L'autre atout de Zanzibar est bien cette nature généreuse
et exubérante. Celle-ci est une vaste cocoteraie sous
laquelle poussent canneliers, girofliers, bananiers et poivriers.
Une centaine de fruits et d'épices ont été
implantées ici, la plupart par Sir John Kirk, consul
anglais à Zanzibar dans les années 1880. D'ailleurs,
le "spice tour" est un must. Ce tour des épices
vous sera proposé par tous les chauffeurs de taxis
et les hôtels de l'île. Un bon moyen de découvrir
le pays dans ses moindres recoins. La forêt de Jozani
et ses singes rouges, les derniers d'Afrique, est un autre
endroit à ne pas manquer. La côte est aussi.
De Jambiani, au sud, à Nungwi, au nord, le littoral
déroule un tapis de sable blanc, de mer bleue transparente
et chaude et de palmiers à l'ombre bienfaisante. A
Matemwe, Pwani, Kiwengwa ou Bwejuu, la vie est toujours tributaire
des marées, de la pêche et du vent qui fait tomber
les noix de coco. Au reflux, femmes et enfants ramassent les
algues qui raffermiront les yaourts et les peaux des Occidentaux.
Nungwi est plus connu pour ses chantiers navals. Là,
selon des règles immuables, les charpentiers fabriquent
boutres et barques de pêche qui iront chercher la bonne
fortune au Kenya, au Mozambique, aux Comores. Parfois même
au large d'Oman.
Alex Casa
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